Le fabuleux destin de Serge Girard

 

 

Son visage vous dit peut-être quelque chose. Le 17 octobre Serge Girard terminait son tour d’Europe. Votre boutique Odlo Lyon Grenoble voulait revenir sur cet homme et sa performance. Et si vous souhaitez faire comme lui, un conseil : soyez bien équipé ! Pour cela rendez-vous en boutique ou sur notre site.

 

Interview parue dans “Métro” du 17/10/2010 :

légende photo : Serge Girard a traversé 25 pays et couvert 27 011 kilomètres.

crédit photo : DR

“Serge Girard : "L'envie d'abandonner ? Jamais."


 

"L'ultrarunner a bouclé dimanche à 11h06 à l'Insep de Paris son tour d'Europe en courant. Un record réalisé en 365 jours après avoir traversé 25 pays et couvert 27 011 kilomètres, et tout ça sans le moindre jour de repos. Un succès qu'il doit essentiellement à son mental de fer qui lui a permis d'avaler en moyenne 73,9 km par jour. Rencontre.

 

 

Pourquoi un tel défi ?

Parce que je me plais énormément dans cette vie de nomade et tous ces continents traversés. J'aime bien les déplacements à vitesse lente et de longue durée. Cela permet vraiment de connaître le pays, car à pied on a tout : les paysages, les odeurs et même le contact humain grâce aux rencontres qu'on ne fait pas forcément à vélo.

 

C'est une aventure solitaire vécue à plusieurs…

J'ai effectivement la chance de partager mes aventures avec mon épouse qui est là tout le temps. C'est important. Ça permet de partir complètement déchargé de tout, alors que les marins bien souvent quand ils partent pour un Vendée globe par exemple, ils sont tout seuls sur le bateau et c'est un peu égoïste car ils laissent leur femme à la maison. Moi j'ai la chance qu'elle gère toute l'opération.

 

Et elle ne souffre pas de vous voir souffrir ?

Elle comme moi savons que je vais avoir mal avant même de commencer le défi. Elle l'a intégré. Elle sait aussi que cette douleur, je l'ai choisie, je ne la subis pas. La maladie tu la subis, alors que là, pour la douleur ce n'est pas le cas. J'ai la possibilité de mettre le doigt à tout moment sur l'interrupteur douleur. Je peux m'arrêter quand je veux de courir que ce soit au bout de 50 km ou même de 20. C'est ce qui fait qu'elle le vit bien.

 

Avez-vous eu l'envie de vraiment tout arrêter ?

Il y a eu des moments où j'avais envie de faire beaucoup moins de kilomètres, mais arrêter non. Je pense que dans tous les moments difficiles il faut savoir lever le pied, aller moins vite, mais ne pas lâcher. Surtout qu'il y a tout l'investissement de l'équipe suiveuse. Parce que j'ai mal aux jambes… non ! Je me dis toujours "je ne peux pas les planter comme ça." Ils sont debout tous les jours à 4h du matin, il n'y a pas de week-end, pas de Noël, pas de jour de l'an, ils n'ont rien eu. Je ne peux pas me dire "j'arrête !" Ce n'est pas de la pression, c'est de la motivation. Donc l'envie d'abandonner ? Non, jamais.

 

"Tous les matins, j'avais 1000 bonnes raisons d'abandonner"


Plus vous couriez et plus vous aviez envie de courir ?

Non ce n'est pas exactement ça. Finalement, tous les matins je me disais que j'avais 1000 bonnes raisons d'abandonner et toutes différentes d'un matin à l'autre. Et pourtant, j'en trouvais toujours une pour me faire repartir. J'ai choisi cette vie et je sais que c'est difficile mais je sais aussi que j'y trouve du bonheur. Pas dans la douleur mais dans cet aspect où je me sers de la douleur et de la difficulté pour aller plus loin.

 

C'est un défi sportif mais aussi psychologique. Quelle partie a été la plus difficile à gérer ?

Effectivement, mon défi ça a été, notamment les deux derniers mois : 5 % de physique et 95 % de mental. Le problème c'est que les petits bobos, j'ai envie de dire qu'à la limite ça se soigne, mais le mental, c'est autre chose. Quand je pars sur une course, je suis entraîné donc j'ai un capital physique que je connais à peu près. Je sais que tous les jours je l'entame et je sais aussi que si je dors bien et que je mange bien, je le refais. Par contre, je pars également avec un capital mental et celui-là il est irrationnel. Il est inquantifiable, inqualifiable. Chaque jour je me dis : "est-ce que tu ne vas pas trop taper dans le mental ? Parce que sinon tu n'en aura plus le lendemain." C'est une vraie inquiétude mais jusqu'à présent c'est passé à chaque fois.

 

Votre défi représente combien de marathons ?

640 environ.

 

Pour combien de kilos perdus ?

11 kilos à peu près. Ce n'est pas cher payé. 400 grammes pour 1000 kilomètres, il y a des régimes plus efficaces (il sourit).

 

Et combien de paires de chaussures ?

27. Je suis arrivé avec ma 27e paire de chaussures aux pieds. Regardez, c'est écrit dessus (le nombre 27 est écrit à l'arrière de la chaussure au feutre noir). Je m'attendais à en user plus.

 

Avez-vous une anecdote ?

J'ai vraiment eu très peur des chiens errants en Grèce et en Roumanie. Ils sont vraiment très agressifs. Il y a même eu des accidents mortels dont ils étaient la cause. J'avais sur moi une bombe lacrymogène et j'avais des suiveurs à 500 mètres en voiture pour veiller à ma sécurité.

 

Est-ce qu'ils vous ont fait courir plus vite ?

Quand je les entendais, je dois reconnaître que oui.

 

Une autre anecdote ?

Nous sommes passés dans le très grand Nord au niveau du 70e parallèle. Au mois de juin, nous n'avons pas eu une seule minute de nuit. C'est très perturbant. Pour la récupération c'est très gênant parce que le corps ne réagit pas de la même manière quand il fait jour et quand il fait nuit. Vous ne dormez pas pareil. Et là j'ai eu beaucoup de mal à récupérer.

 

Terminez-vous pétri de douleurs ?

Oui j'ai des douleurs partout. Des points tendineux, une pubalgie et une grosse souffrance au genou. A cause de la fatigue, je suis tombé trois fois en trébuchant. Je crois même qu'il y a un bout de cartilage qui a dû lâcher.”

 

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